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A lheure où Nicolas Sarkozy considéré pourtant comme le plus libéral des gaullistes nous explique que la justice sociale consiste à donner davantage à la fois à ceux qui en ont le plus besoin et aux plus méritants, il nest pas inopportun de sinterroger sur les contours de lEtat Providence et sur la physionomie moderne quelle devrait avoir en regard de celle que de Gaulle a souhaité lui donner.
Aussi pouvons-nous évoquer les premières limites dun Etat Providence paternaliste. Parmi celles-ci, la plus dévastatrice fut celle liée à la politique que les socialistes ont conduite pendant près de vingt ans, menant à une fausse réinsertion sociale et qui privilégiait la politique de guichet à la politique daccompagnement. La première na jamais fait que des assistés, là où la seconde responsabilise.
Il en a découlé une décomposition sociale, sans quaucune vraie resocialisation nait lieu. Et non contente daboutir à ce triste résultat, la politique socialiste peut également être tenue pour personnellement responsable du phénomène de régression économique et de la généralisation du sentiment de découragement et de morosité du climat socio-économique.
En effet, le paternalisme ainsi préconisé a dangereusement transformé une situation transitoire dassistanat et de précarité sociale en une véritable fin en soi. Et nous savons tous ce quun tel comportement politique a de désastreux : il provoque systématiquement un état de dépendance au dispositif daides sociales de la part des personnes bénéficiaires.
Vient dailleurs sajouter à cet effet pervers le problème des effets de seuils, puisquil devient plus avantageux de bénéficier du système daides que daccéder à un emploi. La conséquence immédiate - que linstauration brutale des 35 heures nest pas venue atténuer (loin sen faut !) est la dévalorisation galopante de la notion de travail, au profit de celles doisiveté ou de loisirs... Seul le mélange des genres est parfait !
Il semble donc urgent et capital de réaffirmer haut, fort et sans complexe limportance, dune part, du pilier économique dans les fondations de lEtat Providence, et dautre part, du retour à lemploi. En effet, ce sont là les conditions sine qua non pour sortir dune logique dassistanat et faire place à la seule réelle priorité de lEtat Providence et même de lEtat tout court : la responsabilisation, qui se doit dêtre la clef de voûte de toute politique dintégration sociale. LEtat doit ainsi faire porter lensemble de ses efforts sur une politique de laccès à lemploi comme facteur privilégiant lintégration dans la société française.
Mais ce volet de responsabilisation ne saurait se suffire à lui-même. En effet, il est primordial de faire prendre conscience que des étapes aussi essentielles dans lexistence de tout citoyen que laccès au travail et linsertion professionnelle passent par la liberté que chacun doit avoir dentreprendre, dune part, et de se former tout au long de sa vie, dautre part. Cest là une exigence capitale que dassurer à chaque travailleur qui contribue à créer la richesse du pays la possibilité denrichir, de compléter ou de réevaluer sa formation professionnelle.
Enfin, lensemble de ces propositions ne fait sens que si lEtat accepte de considérer comme indispensable le fait de donner à chacun les moyens datteindre une reconnaissance sociale par le fruit de son travail. Cest par là en effet que sexpriment le mieux les talents et à travers eux la souveraineté de la liberté individuelle.
Dans la même idée, puisque lexacerbation du paternalisme socio-économique ne mène à rien de bon pour la cohésion nationale, il apparaît souhaitable de calibrer les fondamentaux de lEtat Providence sur la stratégie claire dun retour à lemploi suivant quelques principes simples.
La mise en oeuvre de cette adaptation de lEtat Providence devrait ainsi pouvoir seffectuer à laide dun premier volet : le volet incitatif. Celui-ci doit pouvoir permettre denvisager lengagement financier de lEtat comme un investissement qui a pour seule vocation le retour à lemploi, et jamais comme une fin en soi. Lexemple le plus significatif en la matière demeure probablement celui de la formation. Les plans de formations financés par lEtat doivent avoir pour unique objectif déviter au maximum le phénomène de matching, cest-à-dire faire recoller les demandes demploi avec les offres sur les différents bassins demploi. Par ailleurs, ces derniers doivent pouvoir suivre lobjectif économique de recentrage autour de pôles de compétitivité, sinspirant largement du concept de fertilisation croisée entre universités, entreprises et laboratoires de recherche.
Le deuxième volet opérationnel est de nature ouvertement coercitive. La politique économique et sociale doit permettre à celui qui désire gagner davantage de travailler davantage, sans quaucun carcan juridique ne len empêche. Mais la priorité doit demeurer de supprimer les dévastateurs effets de seuil ; pour cela, il suffit de respecter le principe de bon sens suivant : le fruit du travail doit être supérieur aux revenus sociaux.
On peut également insister sur une mesure de cohésion interne aux entreprises. C'est en effet dans ce contexte empreint d'une plus grande liberté en matière d'emploi qu'il est envisageable de renforcer l'action visant à faire travailler en plus grande collaboration les salariés et les entrepreneurs, à condition que les salariés y trouvent en toutes circonstances financièrement leur compte, dans le cadre d'une politique des salaires adaptée aux exigences du gouvernement et du peuple français.
Aussi, dans un effort général dadaptation du modèle dEtat Providence, il est capital de faire converger les besoins de tous, en respectant le double principe de responsabilisation et dans le même temps de liberté accrue. Dans cette perspective, il est souhaitable dintégrer une approche globale de cette évolution pour que les plus favorisés tendent la main aux plus modestes afin de réconcilier les Français avec le pacte républicain.