Un engagement au service de combats intellectuels : des prises de position, des coups de coeur, des coups de gueule, mes poèmes.
Esope, qui découvrit le genre des fables, était lesclave de Xanthus, homme très savant. Un jour, Xanthus, qui avait appelé ses écoliers pour un repas, lui ordonna de préparer la meilleure nourriture. Mais Esope proposa seulement aux convives, pour le repas entier, des langues de porc. Alors la maître : « Malheureusement, dit-il, ne tavais-je pas ordonné dacheter tous les meilleurs aliments des esclaves ? » Lesclave rusé répondit : « Tu me blâmes aussi violemment, bien injustement. Que pouvons-nous trouver de meilleur que la langue ? En effet, la langue permet aux poètes de raconter tous les grands faits, aux acteurs de jouer un rôle, aux prêtres de rapporter les réponses des oracles, à tous les mortels de prier les dieux et les déesses. Par la langue, les juges appellent au procès les accusés, condamnent les citoyens malhonnêtes, et libèrent les honnêtes. Cest aussi par la langue, que lorateur plaide la cause des gens de bien, et que la maître rend plus savants ses élèves. Enfin, par la langue, la vie des hommes est aussi beaucoup plus heureuse que celle des bêtes sauvages. » Alors, les élèves dirent : « Bien que la nourriture de Xanthus nous plaise très peu, nous nous en retournerons plus sages chez nous. »
Le lendemain, sur lordre de Xanthus, Esope prépara derechef un banquet. Mais le maître lui avait dit : « Aujourdhui, si tu veux échapper à ma colère, il est nécessaire de présenter aux commensaux que jai appelés, la nourriture la plus désagréable. Donc, il te faut descendre au marché, et y acheter ce que tu trouveras de pire. » Hélas, le poète ne changea pas la nourriture : il offrit la même abondance de langues. Cest pourquoi, la maître très en colère lui dit : « Assurément, je te chasserai dici, ou je te jetterai en prison, puisque tu ne mas pas obéi une deuxième fois. » Mais, Esope : « Homme excellent, ne me blâme pas ; de bon droit, jai offert ces langues aux convives. En effet quy a-t-il de pire que la langue ? Ne permet-elle pas aux mauvais désirs de saccroître, et aux malhonnêtes projets de voir le jour, et aux forfaits dêtre dissimulés, et aux villes dêtre tourmentées, et aux monstrueuses guerres de sébranler ? Nest-ce pas par la langue que dans toutes choses les nombreux malheurs et douleurs sont préparés ? Moi, jestime que la langue est la cause de presque tous les maux dont la vie est remplie. » Alors, un des convives sécria : « Certes, Esope est un mauvais maître-queux, mais il est de loin lhomme le plus sage ! »