Un engagement au service de combats intellectuels : des prises de position, des coups de coeur, des coups de gueule, mes poèmes.
Voici la réponse que j'ai adressée à un article du blog d'Alain Juppé. Son article d'abord, ma réaction ensuite.
L'un d'entre vous me demande : "Comment être sûr que c'est bien vous qui bloggez?"
J'avoue que j'ai un peu de mal à trouver la réponse adéquate. Faut-il que je fasse venir un huissier pour constater que je suis bien devant mon écran et que je frappe moi-même sur mon clavier? Je suis sûr que, pour l'immense majorité d'entre vous, ma bonne foi suffit.
Oui, ce blog est artisanal; oui, je fais tout par moi-même avec de temps en temps l'aide d'Isabelle; oui, j'ai pris le virus et je consacre désormais à cette activité plusieurs heures par jour. Et j'y prends du plaisir! Cela dit, je suis parfaitement conscient des imperfections de ce blog-notes. Je n'ai pas encore pris le réflexe ni trouvé le temps de mettre en ligne tous vos messages ou d'y répondre de manière personnalisée, ce qui peut provoquer des frustrations . Je découvre que les internautes ont une grande exigence d'interactivité, ce qui fait d'ailleurs tout l'intérêt du système.
(Une petite précision technique à ce sujet, notamment à destination de Simon qui s'inquiétait ce matin de ne pas avoir lu une de ses réactions: pour trouver vos messages en ligne sur ce blog, il faut d'abord cliquer sur celui de mes propres messages auquel vous répondez, puis, en fin de texte, cliquer sur la rubrique: "Lire vos réactions.")
Et puis, certaines questions mériteraient des réponses approfondies, destinées à l'ensemble de mes correspondants.
Par exemple la question de Virginie : "Pourquoi avoir choisi ce clan politique, quelles sont les idées fortes qui vous parlent et qui vous font penser qu'un gouvernement de droite est apte à gérer un peuple dans les meilleures conditions possibles?"
On m'a souvent posé cette question tout au long de ma vie politique , et je me la suis souvent posée.
Laissons de côté le déterminisme familial ou social.
Dans ma famille, avant que je ne m'engage moi-même, on ne faisait pas de politique; je n'ai pas eu de grand-père sénateur ni de papa député.
Quant à mes origines sociales, elles ne me pré-déterminaient pas à aller dans un sens plutôt que dans l'autre.
Laissons aussi de côté les explications simplistes ou caricaturales, du style : quand on a du coeur, on est forcément "de gauche"; les possédants sont évidemment "à droite".
Alors ?
La réponse n'est pas simple.
Dans mon cas, il y a d'abord une bonne dose de non-conformisme. Quand j'étais à l'Université et à l'Ecole Normale, dans les années 6O, la pensée marxiste régnait sans partage. C'était l'époque où il était de bon ton d'avoir tort avec Sartre plutôt que raison avec Raymond Aron. Cette arrogance intellectuelle m'horripilait et m'éloignait du "philosophiquement correct"; j'ai toujours eu, peu ou prou, l'esprit de contradiction.
Et puis, j'ai assisté au retour sur la scène politique, en 1958, d'un personnage dont mes profs d'histoire ne m'avaient pas beaucoup parlé (on terminait rarement le programme!)mais qui, peu à peu, m'a fasciné: De Gaulle.
On m'a aussi souvent demandé ce que pouvait bien signifier le "gaullisme" pour un jeune Français né en 1945. J'y ai beaucoup réfléchi et j'ai fini par résumer ma pensée en une formule: humanisme + patriotisme. Ou pour parler un langage plus orthodoxe - et Dieu sait si j'ai rencontré des gardiens sourcilleux de l'orthodoxie gaulliste- "une certaine idée de l'homme" et "une certaine idée de la France".
Le gaullisme, c'est d'abord la volonté de mettre l'action politique au service de la personne humaine, de sa dignité, de sa liberté, de sa responsabilité, de ses chances de promotion sociale, de sa participation active à la vie de la cité comme à celle de l'entreprise. Je pourrai développer.
En second lieu, c'est un amour passionné de la France, vécue non point comme une entité désincarnée mais comme une personne de chair et d'histoire.
Enfin, ce que j'aimais dans cette approche de la politique, c'est qu'elle était pragmatique. Je me suis toujours méfié des idéologies, des systèmes de pensée "clef en mains"; ils ont toujours conduit à des aberrations ou à des tragédies, à commencer par le marxisme-léninisme. C'est bien plus difficile, bien plus exigeant sur le plan intellectuel de savoir garder le sens de la mesure, cet "esprit de modération" si cher à mon maître , le Bordelais Montesquieu.
Voilà. Il y aurait encore beaucoup à dire. Mais j'attends vos réactions qui, j'en suis sûr, me permettront d'approfondir la rélexion.
A. Juppé
Ma réaction :
Intéressant votre développement à chaud sur la pensée du "monument de Gaulle" ; réduire à une équation ce qui a fait couler des litres d'encre, cela a toujours l'avantage de pouvoir transcrire la pensée gaullienne en un vademecum plus ergonomique que le " c'était de Gaulle " de Peyrefitte !
Ce que vous dites du gaullisme et de la droite me touche doublement.
D'abord parce que c'est vous. Et c'est dire beaucoup déjà.
Ensuite parce que de mon côté, étudiant engagé pour le mouvement que vous présidiez il y a peu, je me vois confronté, comme vous à l'époque, à LA question : "Comment peut-on être de droite à 20 ans ?"... et souvent les bras m'en tombent. Le pire des manichéismes répond à ma place.
C'est cette ingratitude qui peut-être fait le plus tort à la droite : la sale boulot, elle le fait sans broncher.
C'est par gratitude que je me suis
engagé.
Pour rendre justice aux hommes de talents qui nous servent ou nous ont servis, n'excluant pas moi même d'être l'un d'eux un jour, si la France veut de moi...
La politique, c'est en tout cas un des trois piliers de mon existence, entre l'art et l'amour ; chacun d'eux m'apporte la Joie, dans ce merveilleux quotidien dont parle Aragon, et contre lequel les gens ont le malheur de troquer la vaine quête de bonheur.