Un engagement au service de combats intellectuels : des prises de position, des coups de coeur, des coups de gueule, mes poèmes.

J’AURAI TOUJOURS VINGT ANS.
Encadré par douze hommes aux armes lourdes de plomb,
Et vaillant combattant d’une compagnie française,
D’une marche pesante à quelques lieues du front,
Je suis conduit aux Fagnes, ma contrée ardennaise...
...Je vois fuir un goupil traversant la forêt.
Sera-ce la dernière de mes joies en ces lieux ?
Et mon pays natal se verra-t-il souillé
Du sang d’un innocent condamné pour si peu ?
L’Autorité séide du code militaire
Sera-t-elle toujours aveuglée par la Loi ?
Sous mon crâne s’entrechoquent ces pensées salutaires,
Tandis que je m’approche, lentement, pas à pas,
Du terrible Poteau qui par la cour martiale
Fut établi pour moi ; supplice des plus iniques
Quand légion de fusils s’acharne, colossale,
Sur un homme, comme moi, impuissant, héroïque...
Et quittant les ténèbres, je rejoins le sépulcre,
Que j’ai tout un automne cherché à esquiver ;
Et brusquement j’y tombe par la faute de Français
Qui étoilent de sang ma poitrine au massacre
Exposée : et je suis mis en pièces ; oh ! Seigneur !
Quel aveu de Couardise et de Médiocrité !
Un printemps de Justice conduira à la paix,
Et d’un vent magistral sabrera le Malheur !
12 février 1915.
Florent MACHABERT, 11/98.
(Texte protégé INPI)