Un engagement au service de combats intellectuels : des prises de position, des coups de coeur, des coups de gueule, mes poèmes.
Nous ne pouvons pas dans le même temps nous dispenser de l’effort de resocialisation des moins intégrés et de responsabilisation de tous, face à des valeurs-repères, qui sont entre autres le travail, l’effort, le goût du mérite. Cessons de donner le poisson au lieu d’apprendre à pêcher !
Alors, c’est vrai, me direz-vous, la France est bloquée, à cause de réformes négligemment reportées par peur des ruades de la rue ou tout simplement esquivées par crainte de l’impopularité. Il y a dans cette espèce de lâcheté un certain dégoût de l’avenir, une certaine culture du mensonge social.
C’est vrai, la France est exaspérée, parce qu’elle a perdu son unité, parce que certains cherchent la victoire d’une France sur l’autre. La dignité politique exige qu’on dépasse cela pour rassembler un maximum de nos concitoyens autour d’un vrai projet de société, dont chacun pourra se faire l’avocat.
C’est vrai, la France est démotivée : l’Hexagone est devenu un espace où le travail, de valeur qu’il était, est devenu plus que suspect, au point d’expliquer aux Français que pour rester dans la course économique et sociale, il vaut mieux travailler moins…
C’est vrai, la France est endettée, parce que nous ne parvenons guère à ne pas faire croître les dépenses publiques plus vite que l’inflation. Dit-on aux Français que l’on dépense quasiment autant pour leur défense que pour servir notre dette publique ? Seule une courageuse politique d’assainissement des finances publiques, pendant au moins une législature, pourra permettre à la gauche comme à la droite de mener la politique économique qu’elle appellera de ses vœux. Mais nous n’en sommes pas là. Avant d’enlever des points de suture, tout infirmier sait qu’il faut coudre.
Car rien de tout cela ne peut changer sans audace, celle qui fait s’apercevoir que c’était par crainte d’oser que nous trouvions les choses difficiles à réaliser. Car sans audace, la France Libre du Général de Gaulle aurait-elle existé ? La France de Georges Pompidou aurait-elle connu une ambitieuse politique d’incitation industrielle dès la fin des années 60 ? Valéry Giscard d’Estaing aurait-il consenti le droit de vote aux plus jeunes ? François Mitterrand aurait-il aboli la peine de mort contre l’opinion d’une majorité de Français ? Jacques Chirac aurait-il pu porter son message de paix à l’ONU ? C’est en cela que l’avenir de la France est indéterminé, car il dépend de nous !
Rien de plus moderne et adapté à la France qu’il nous faut bâtir ensemble que le message de Lincoln, convaincu qu’il faut créer la prospérité sans décourager l’épargne. Qu’il faut aider le salarié sans anéantir l’employeur. Qu’il faut favoriser la fraternité humaine en décourageant la lutte des classes. Qu’il faut aider le pauvre sans ruiner le riche. Qu’il ne faut avoir de cesse de ne pas dépenser davantage qu’on ne gagne. Qu’il ne faut aider les hommes qu’en faisant pour eux ce qu’ils ne peuvent faire pour eux-mêmes.
Je l’ai déjà dit : c’est enfin du politiquement correct, cousin de la pensée unique, qu’il faut se détacher. Sait-on que dès 1958, Charles de Gaulle a veillé à ce que certains emplois de la fonction publique soient réservés aux Français musulmans à hauteur de 10% ? Se rappelle-t-on la phrase que Napoléon prononça en 1801 et qui rappelle étrangement les actuels discours sur le volontarisme républicain : « Je veux que le fils d’un cultivateur puisse se dire : je serai cardinal […] ou ministre. » ?
En effet, les traditions s'adoucissent, la vitalité s'émousse, le règne de la parole mine celui de l'action, les guerres de personne tuent le débat d'idées, nécessaire et légitime. La France se complaît parfois dans le sacerdoce de la repentance, la prétention et le doute, là même où il lui faut regarder loin, préférer l'humilité et la curiosité à l'arrogance, la franchise et la fierté de ses réussites aux inquiétudes sempiternelles qui la minent et la font vaciller.
Chacun veut plus de bénéfices et moins de travail pour autant voire davantage de revenus. Chacun veut moins d'impôts mais plus de prestations. Les faits sont là ! Aimer la France , c'est avoir le sens du devoir et de la responsabilité comme jamais, c'est admettre qu'il faut faire la politique autrement pour que demeure la place de la France dans le monde ! L'autoflagellation n'a jamais guéri que les masochistes et célébrer la défaite de Trafalgar avec les Anglais n'a jamais réconcilié la Nation avec elle-même ! Et nous devons à la lucidité de nous rendre compte que la démocratie d’opinion progresse, et qu’elle nous susurre de cesser de parler à la France pour enfin parler aux Français.
Tout cela est une affaire d'instinct du vrai, une affaire de bon sens, une affaire de vérité, de volonté qui ne plie pas et de liberté qui ne cède plus. Nicolas Baverez le dit bien : « L'histoire de la France abonde de révolutions enfantées par des réformes cent fois reportées. »
Nous voilà avertis.
Florent Machabert